Le developpement durable au Bresil (2)

LE DEVELOPPEMENT DURABLE AU BRESIL 2



LA SITUATION ECOLOGIQUE

 

 

La situation catastrophique de l’Amazonie

 

L’Amazonie, c’est près de 20 000 espèces de végétaux qui ne poussent nulle part ailleurs, et 23% de l’ensemble des espèces de la planète. Avec ce « poumon vert », le Brésil est le premier pays du monde en termes de biodiversité.

Or l’Amazonie est gravement menacée depuis un quart de siècle : en effet, pour désenclaver cet espace immense, le gouvernement brésilien a décidé, en 1975, après l’échec de la Transamazonienne, de créer des pôles de développement et a ainsi distribué des milliers d’hectares aux FMN pour une bouchée de pain. Résultat : les désfoliants, les bulldozes et le feu ont libéré le terrain pour des pôles agro-alimentaires ou agro-miniers (gisements de fer, de manganèse…). C’était parti pour un gigantesque massacre écologique : en 30 ans, ce serait près de 14% de la surface de la forêt qui aurait disparu, soit une surface équivalente à celle de la France.

 

Ce n’est pas pour rien qu’en 1992, la Conférence des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement s’est déroulé à Rio ! A cette occasion, des conventions ont été signés sur la diversité biologique et sur les changements climatiques, et l’objectif d’un développement durable à l’échelle mondiale a été institutionnalisé. Vous connaissez aussi bien que nous la suite : loin de s’améliorer, la situation continue de se détériorer, et comme dans beaucoup de domaines, la tendance est à l’accélération plutôt qu’au ralentissement des dégâts. Aujourd’hui, la forêt amazonienne perd l’équivalent de 1500 stades de foot par jour.

Et ce n’est pas fini : dans le cadre du projet « Avança Brasil » lancé par les autorités du pays, plusieurs routes devraient être ouvertes ou asphaltées au cours de la décennie 2000-2010, l’objectif étant de réduire les coûts de transports. Ce projet a provoqué une levée de boucliers des ONG, qui pointent le manque de concertation, et redoutent surtout les conséquences catastrophiques de ces infrastructures. Selon les autorités, le taux de destruction de la forêt ne serait porté « que » à 22%, bien plus selon les ONG. Ces derniers dénoncent aussi les conséquences de cette aggravation de la destruction de la forêt sur les populations amérindiennes. Mais le scénario désormais bien connu (expropriation des petits paysans et tribus vivant sur ces terres sans titre officiel, qui sont ensuite employés par l’entreprise qui vient de s’implanter pour un salaire de misère ou qui viennent gonfler les favelas des villes) devrait selon toute vraisemblance continuer à s’appliquer. 

 

Petite note d’optimisme quand même : le gouvernement brésilien s’est doté depuis 2002 d’un système de haute technologie, appelé SIVAM (service de vigilance de l’Amazonie), qui permet une surveillance accrue et quotidienne de cet immense espace boisé. Ce système est capable de détecter un feu, un camion clandestin, un tonçonnement illégal de morceau de jungle… et transmet ces informations au SIPAM (service de protection de l’Amazonie), qui intervient sur place. Mais on attend les résultats tangibles, qui risquent d’être difficiles à détecter si ce même gouvernement poursuit son projet « Avança Brasil ». Mais dans le domaine du développement durable, la schizophrénie semble être une règle immuable.

Dans la catégorie des nouvelles encourageantes, on peut aussi signaler le nombre croissant de compagnies forestières possèdant le label FSC (qui garantit une gestion durable de la forêt). Nous ignorons si c’est une obligation légale, mais la très grande majorité des produits de papeterie au Brésil possèdent ce label.

 

 

Les plages et la Mata Atlantica

 

Le Brésil, ce sont des centaines kilomètres de plage… pour la plupart pollués. Certains accidents, comme en mars 2001 (la plus grande plateforme pétrolière du monde qui coule au large de Rio) n’arrangent rien. Mais le problème est bien plus profond : la côte souffre des constructions incontrôlées des citadins qui se construisent une résidence secondaire au bord de la mer, détruisant la quasi-totalité des aires protégées. D’autant que dans le même temps, de nombreux petits paysans , derrières les collines de Rio, pratiquent le brulis sur leurs champs, sans se soucier des sous-bois atlantiques tout proches. Bref, au final, ce sont 93% de cette jungle qui sont partis en fumée.

On peut témoigner à Salvador de ces pratiques, surtout la première citée, peut-être parce qu’elle est plus visible. La côte nord de Salvador est tout simplement en cours de massacre avancé, surtout depuis la construction d’une route à 4 voies, qui ne cesse de se prolonger, accompagnant avec elle une ribambelle de constructions.

 

Comme le souligne l’historien Geraldo Prado en parlant de la forêt atlantique, « l’histoire du déboisement de la Mata Atlantica, c’est l’histoire économique du Brésil. A chaque cycle de croissance a correspondu la destruction d’une partie de la forêt ». Visiblement, la remarque s’applique désormais pour l’ensemble des forêts brésiliennes.

 

 

La consommation énergétique

 

Ici, pas vraiment de chiffres à avancer, sinon celle de la consommation d’énergie par habitant, qui était en 2006 de 1 114 kep (kilo équivalent pétrole) / habitant, soit un résultat proche de celui de l’Amérique Latine en général (nous en sommes  à 4 547 kep/hab en France).

Mais comme tous les chiffres basés sur des moyennes par habitant, il ne signifie pas grand-chose au Brésil. Les classes aisées ont une consommation d’énergie bien supérieure à la moyenne, et sans doute proche de notre niveau européen (ils n’utilisent pas le chauffage, mais la climatisation compense largement la consommation d’énergie !) : à Sao Paulo, certains hommes d’affaires utilisent même l’hélicoptère pour se déplacer dans la ville et éviter ainsi les embouteillages quotidiens monstres ! Quand aux deux classes les plus démunies, elles ne possèdent évidemment pas de voiture, n’ont pas nécessairement accès à l’électricité et ne mangent pour certains d’entre eux pas à leur faim. Leur consommation d’énergie est donc évidemment ridicule.

 

Le Brésil n’est pas seulement consommateur d’énergie, il est également producteur, via les bio-carburants, dont le pays est pionnier en la matière. Le pays l’utilise d’ailleurs largement pour sa consommation domestique : 13% de la consommation de carburants dans le pays était des agrocarburants, en 2004 (1% en moyenne en France et dans le monde), et cette part a du progresser depuis.

Oui mais voilà : manger ou conduire, il faut choisir, et la crise alimentaire mondiale actuelle est là pour nous rappeler que la solution énergétique miracle n’existe pas. Cette stratégie de bio-carburant est même inhumaine : en caricaturant un peu, elle revient à préferer autoriser les riches à conduire plutôt que les pauvres à manger. Et au passage, elle risque de finir d’anéantir la forêt amazonnienne, car la production de bio-carburant est dévoreur d’espaces. Pour toutes ces raisons, le secrétaire général de l’ONU qualifie les bio-carburants de « crime contre l’humanité ».

 

 

Le citoyen

 

Par rapport aux économies d’énergies réalisables à partir d’un mode de vie donné, on est sans doute pas loin du niveau 0 au Brésil. Clairement, l’environnement est le cadet de leur soucis, et ce même pour les classes plus aisées. Notre séjour à Bahia nous en offre un lamentable spectacle tous les jours, que l’on peut résumer par les points suivants :

 

-          l’expression « tout à l’égout » prend ici tout son sens : du vendeur de canettes (canettes vides, papiers…) à l’entreprise de BTP (peinture, ferraille, et même béton, mais si mais si), il y en a pour tous les goûts. Evidemment, dans ces conditions, les égoûts sont très vite remplis en période de pluie, et les inondations peuvent être monstrueuses, comme ce fut le cas début 2008 à Sâo Paulo et Recife.

 

-          la consommation d’eau n’est pas du tout maîtrisée : certes, quand on vit à Salvador, il est légitime de prendre 2 ou 3 douches par jour, vu la chaleur. Mais faut-il à chaque fois la faire durer 3 minutes, voire plus ? Sans compter les arrosages d’espaces publics ou privés, en pleine journée sous 35 degrés. Résultat, Salvador se serait abaissé de 3 mètres en 30 ans, sous l’effet du pompage excessif dans les nappes.

 

-          La consommation d’énergie n’est absolument pas contrôlée. Les Brésiliens prennent au contraire un malin plaisir à constituer des blizzards artificiels, que ce soit dans les bus, les centres commerciaux, les banques… On se les gèle, tout simplement ! On les soupçonne d’avoir en tête l’équation froid = riche.

 

-          Les déchets sont plus ou moins triés, mais dans quelles conditions ! Chaque ménage sépare le recyclable du non-recyclable, charge ensuite aux personnes vivant dans la pauvreté absolue d’y trouver des éléments intéressants qu’ils pourraient recycler. Ces derniers effectuent leur tournée des poubelles généralement à partir du coucher du soleil, ce qui vous laisse une idée au passage de la puanteur (jusqu’au passage des éboueurs dans la nuit) qui peut se dégager dans une rue pleine de poubelles éventrées.

 

-          Enfin, socialement, l’indifférence ou le mepris des classes favorisées envers les classes en difficulté n’est pas vraiment caractéristique d’un comportement durable. Comme les premiers emploient régulièrement les seconds pour les « petits boulots », cela se traduit aussi par un manque total de respect (selon nous) envers la personne employée : par exemple, on a été soufflé de constater que, suite au déménagement, nos trois colocataires ne voyaient pas d’inconvénients à remercier du jour au lendemain la femme de ménage qu’on employait (et qui travaillait là depuis 6 ans, quand même). Quand on a proposé de payer au moins un mois supplémentaire, pour qu’elle ait un minimum de temps pour « se retourner », nous avons provoqué l’étonnement général. « Mais elle retrouvera… » nous-ont-elles repondu…        

 

 

Les entreprises

 

Les grandes entreprises brésiliennes ont pleinement conscience de l’enjeu que représente l’adoption d’un développement durable, au moins du point de vue du marketing. Les banques, les industries… et bien sur l’incontournable PetroBras, entreprise publique d’énergie omniprésente au Brésil. Pas une semaine sans qu’une nouvelle publicité n’utilise le crédo du développement durable.

Le pays possède même un CEBDS (Conseil Entrepreneurial Brésilien pour le Développement Durable), qui publie une revue (« Brasil sustantavel » = Le Brésil durable) assez intéressante sur les principales initiatives durables menées par les entreprises, ainsi que certains articles proposant une réflexion et des propositions sur des thèmes précis (comme la façon dont le Brésil doit utiliser l’accueil de la coupe du monde 2014 pour moderniser ses infrastructures et permettre de rendre les villes plus durables). Evidemment, à la lecture de la revue en question, on ne peut qu’applaudir et se féliciter d’un tel engagement du monde des entreprises.

Et évidemment, dans notre vision quotidienne des entreprises et de leur comportement, on est à mille lieux des belles intentions affichées : les entreprises de BTP et les vendeurs ambulants prennent les bouches d’égoûts pour une décharge, les centres commerciaux mettent la climatisation bien au-delà du raisonnable et distribuent des sacs plastiques à outrance, la baie de Salvador souffre régulièrement de pratiques polluantes de navires à proximité, les messages publicitaires ne connaissent que les blonds aux yeux bleus dans la ville la plus africaine du continent…

 

 

 

CONCLUSION

 

Evidemment, la conclusion d’un tel diagnostic s’impose : le Brésil n’est pas un pays durable. Les indicateurs économiques se sont néanmoins nettement améliorés. C’est également le cas de certains indicateurs sociaux, mais certains d’entre eux, et notamment tous ceux concernant les inégalités, sont encore au rouge vif. Enfin, les indicateurs environnementaux font peur.

Et, on vous le concède, compte tenu de la mentalité Bahianaise telle que nous l’avons perçue, on ne voit pas bien comment les situations sociales et écologiques pourraient évoluer à court terme : la solution ne semble pouvoir venir que d’en haut, or, si l’on peut espérer une accélération des progrès sociaux d’ici la fin du mandat de Lula (2010), on ne s’attend pas vraiment pas à une révolution écologique de la part du gouvernement. Mais on espère que les Bahianais, Lula et les Brésiliens en général nous démentiront…

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